Le 4 avril, s'est déroulée une conférence, organisée par e-artsup, sur « la création digitale à l'heure des réseaux sociaux » qui s'est tenue au cinéma Mac Mahon, à Paris. Au cours des débats, introduits par Peter Gabor, directeur de l'école et animés par Olivier Saint-Léger, expert des médias sociaux, les intervenants (graphistes, experts en création, en communication...) ont cherché à comprendre les mutations du monde de la communication et de la création depuis l'avènement d'Internet. Ils ont tenté d'imaginer et appréhender le monde numérique de demain.
Résumé vidéo de la conférence. Pour la visionner en intégralité, cliquez ici.
D'ici quelques années, le virtuel aura complètement disparu. Le numérique ne sera plus : il sera tout. Il investit déjà nombre d'espaces de nos sociétés et nous en sommes aux balbutiements de ce changement profond. L'architecture même du monde que nous voyons est en profonde mutation. L'évolution des points d'accès à Internet, l'augmentation du nombre des membres de la communauté connectée mondiale, la multiplication des sources d'information et d'expression, c'est toutes nos perceptions du temps, de l'objet, de l'espace et même de l'individu qui se transforment. Nous ne sommes plus un ensemble de populations mais bien un réseau d'individus. Nous n'avons plus besoin de voir et toucher pour acheter. Nous ne croyons plus les yeux fermés. Autant d'évolutions qui ont modifié profondément notre manière de créer du contenu, ou encore de concevoir la communication des marques.

L'émotion, l'événement et le buzz
Le numérique, longtemps ignoré des grands organismes de communication, est aujourd'hui traité comme un tout. En plus des agences spécialisées dans le numérique, de nouvelles structures ont vue le jour. Elles combinent toutes les compétences : API (Application Programming Interface), conseil d'affaires, planification stratégique, design, création. Grâce à l'augmentation de leur intelligence numérique, ces « business transformers » ne se contentent plus seulement de fournir des stratégies et des contenus, mais ils accompagnent leurs clients dans la nécessaire évolution de leur communication : penser le parcours client dans son ensemble, être présent sur tous les supports (à 360°)...
Il n'y a cependant pas de pensée numérique de la communication, mais une « pensée idéale » de l'opportunité stratégique la plus efficace. Cette recherche de l'efficience maximale a poussé les professionnels du marketing et de la publicité à repenser la relation marque/produit/consommateur, ce dernier devenant acteur des campagnes de communication. Sur cette « agora » digitale que représentent les réseaux sociaux, le consommateur donne son avis, participe, critique et utilise d'autant plus ces nouveaux modes d'expression citoyenne qu'ils lui donnent le sentiment de tutoyer la marque. Ainsi l'explosion du marketing viral, l'impact de l'évènement et la force de l'émotion ont offert plus de visibilité aux marques mais les obligent également à plus de transparence voire même d'intégrité.

Vers une démocratisation de la création ?
S'il l'on ne pense pas numérique en communication, on ne crée pas non plus pour le digital. Il n'y a donc pas de création numérique à proprement parler mais bien des outils numériques au service de la création, dont les réseaux sociaux font partie intégrante. Ils impliquent une conception particulière, déterminée par la notion même de réseau : il faut créer avec et pour les gens. Les dispositifs classiques de fabrication et publication sont devenus obsolètes et l'augmentation de la segmentation des communautés implique de plus en plus un marketing de niches et une spécialisation des créatifs (visibilité de la marque, relation au consommateur, campagnes de détournement).
La création étant présente partout et à la portée de tous, la qualité et le talent de la profession se révèle donc dans la volonté de ne pas réfléchir en fonction du support mais en fonction des nouveaux paradigmes induits par la présence du virtuel dans tous les domaines de nos vies.
Internet a permis au citoyen d'exprimer différemment sa force critique d'indignation, d'action et d'expression. Il donne également aux créatifs la possibilité d'inventer l'architecture visuelle et cognitive du monde demain, d'exprimer graphiquement la démocratisation du « pouvoir faire », « pouvoir penser » et « pouvoir être ». Le défi de la création à l'heure du numérique est donc en grande partie là : créer l'esthétique du monde technologique de demain.
Intervenants :
- Anne Bessaguet, directrice générale en charge de la création chez OgivlyAction ;
- Antoine Bueno, écrivain prospectiviste ;
- Nicolas Cerisola, fondateur de l'agence The Admen ;
- Michaël Chaize, creative evangelist chez Adobe ;
- Geoffrey Dorne, designer indépedant ;
- Jean-Louis Fréchin, designer spécialisé dans le design numérique ;
- Matyas Gabor, vice-président de l'agence will.i.am ;
- Peter Gabor, directeur d'e-artsup ;
- Yann Gourvennec, spécialiste du web et des médias sociaux ;
- Olivier Saint-Léger, expert des médias sociaux.